Arsenal des eaux

     L’eau fomente sans cesse des complots de conquête, de comblement. Le moindre interstice lui autorise le passage. Le plus massif des barrages faillit parfois à sa mission sous sa pression. L’eau est espérée autant que redoutée. Elle désaltère de sa douceur l’aurore des moissons, vomit sa boue amère sur les maisons des hommes. Salée, elle mène à bon port les navires, submerge les havres. Sa bienveillance est aussi évidente que ses colères. L’eau recouvre la plus grande partie du monde, sur la terre comme au ciel, et habite nos corps.

Extrait.

Pour saluer l’océan

 

L’océan est sans âge

Sans rivage éternel

Que solennise l’érosion

A la mesure de l’os

Comme du rocher

 

Le flot de la relevée

En vastes vagues

Aux arcs esquissés

S’épuise et s’enlace

A la laisse de l’aurore

 

Le liseré de son écume

Que teinte de beige

Le sable flotté

Semble une guipure effrangée

Une soie grège démaillée

 

Se dénoue à son étole sale

Le chapelet noir

Des goémons emmêlés

Aux tessons d’épaves

Aux plumes naufragées

 

Dans cette amnésie amniotique

Ce qui meurt renaît sans cesse

Ce qui vient au loin déjà

Se confond dans le bleu

Sans savoir la fin du soleil

 

© 497ème Encres Vives janvier 2020, plaquette: 16 pages.

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