Passants

     Arpentant le monde, vont et viennent les passants. Multipliés ou singuliers. Ils se détachent parfois sur le ciel avec une netteté de dessin à l’encre. Ils se confondent souvent en vagues figures, en ombres diaphanes, deviennent aussi ces esquisses de spectres que l’on évite. On pourrait se demander vers quoi progressent pareilles fumées ondoyantes ? A la rencontre de qui marchent ces silhouettes ambigües ? Croient-elles demeurer invisibles ces caricatures ? Doivent-elles poursuivre leur chemin ces indicibles monstruosités, ces beautés surnaturelles ? Elégance et grotesque se succèdent, se superposent. Certains s’incarnent en statues de marbre quand d’autres s’inscrivent dans une fluidité d’estampe. Qui sont-ils ? A quoi ressemble leur existence ? Ils sont nos semblables. Ils sont nous-mêmes. Les passagers sur la Terre.

 

 

Extrait.

 

     "Son corps s’alourdit au fil des heures, depuis chaque matin de clairvoyance jusqu’à chaque nuit redoutée. Il se souvient pourtant avoir perdu un peu de sa masse, ou se persuade que cela est bien arrivé.

     Son sang s’échine à circuler, depuis le cœur ruiné jusqu’aux gestes difficiles.

     Il perçoit la douleur rouillée dans ses chevilles, dans ses genoux. Chaque rouage d’os rongé peine à le porter.

     Enfant, il survolait les combes, le pas si léger à effleurer le silence, si large à franchir tous les gués. Le regard toujours à hauteur d’horizon.

     Désormais ses yeux lui brûlent sans l’excuse d’un grésil.

     Parfois son ombre le double, lorsque le soleil défait l’ordre des murs.

   Avancer quand bien même jusqu’au détour, gagner encore une fois le marché qui ondule là, bariolé de sourires et de fruits."

     Collection Encres Blanches N° 756 - © Encres Vives avril 2019, plaquette: 16 pages.

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